- Une réponse à l’article paru dans le Monde le 25/10/2011 à propos de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame Des Landes

Posté par admin le 27 octobre 2012

Une réponse à l’article paru dans le Monde le 25/10/2011 à propos de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame Des Landes

L’article en question:

Le Monde — Article paru dans l’édition du 25.10.11

« C’est pas croyable. Les écolos, ils vont pas encore nous faire ch… avec leur aéroport. » Réaction d’un proche de François Hollande, quand Eva Joly remet sur le tapis la question de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. Avec les écologistes, l’ »affaire » vire au bras de fer. Ils exigent que le projet soit abandonné, et la candidate en a même fait une condition de la participation de son parti à un gouvernement de gauche ! Ségolène Royal et Arnaud Montebourg se sont prononcés contre, comme François Bayrou. Le Parti communiste est divisé. Des élus de toute la France ont signé une pétition… Comment un simple projet local a-t-il pu prendre une telle dimension ?

Notre-Dame-des-Landes est un laboratoire. Un petit paradis pour écolos à 30 km de Nantes, 160 hectares à l’écart du monde. Un paysage de bocage préservé où s’épanouissent les hérons hectares cendrés, les tritons crêtés, les hulottes et les mésanges. Les exploitations agricoles sont petites, on circule sur les départementales à pied, à vélo ou dans de vieilles camionnettes pleines de paille. C’est Le Grand Chemin, la France d’avant les « trente glorieuses ».

L’histoire commence en 1963. Les habitants du village de Notre-Dame-des-Landes et des alentours découvrent dans la presse l’existence d’un projet d’aéroport sur le territoire de leur commune. C’est l’époque du Concorde, de l’optimisme bâtisseur. On rêve de vols transatlantiques Notre-Dame-des-Landes – New York. Le projet est gigantesque, plus étendu qu’Heathrow, l’aéroport londonien.

Les habitants se mobilisent, la volonté politique fait défaut. Le projet est gelé. En 1982, Charles Fiterman, ministre des transports, autorise même l’installation de nouveaux paysans sur la zone, qui reste néanmoins à l’abri des bouleversements du monde agricole : ici, pas de remembrement, d’où cet aspect hors du monde.

En 2000, Lionel Jospin, alors premier ministre, relance l’idée d’un troisième aéroport pour décongestionner l’Ile-de-France. Le projet Notre-Dame-des-Landes ressort des cartons, on le baptise Aéroport du Grand Ouest et Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, s’en saisit, bientôt rejoint par le conseil général et le conseil régional. Les associations d’opposants ressortent de la naphtaline. Ceux qui relancent alors projet n’ont pas idée de la combativité de ceux qui vont se dresser sur leur route.

En première ligne, Michel Tarin, membre fondateur de la Confédération paysanne, installé là « depuis cinq générations », ancien pilier du Larzac. « La grande marche sur Paris, en 1973, c’était nous, comme les 60 000 personnes sur le plateau. Les copains, sur place, ne s’en sortaient pas. On a fait du Larzac une cause nationale, et on a gagné. On le fait pour Notre- Dame-des-Landes, et on gagnera aussi. » Michel Tarin et ses camarades de combat, c’est toute une vie de luttes, de manifs, de tracts, et de « coups ». Ils ont fait reculer l’Etat sur tous les projets de centrale nucléaire dans la région et en Bretagne. Michel Tarin se définit comme altermondialiste, défenseur passionné de la cause palestinienne. C’est un ami de toujours des deux frères Cohn-Bendit, surtout de Gaby, qui enseigna longtemps à Saint-Nazaire.

Sylvain Fresneau, éleveur lui aussi, est président d’une des associations d’opposants. « Comme me dit mon père, je suis né avec cette affaire. » Quarante-sept ans que Sylvain Fresneau vit, se réveille et s’endort au rythme de cette histoire. José Bové, dont il est proche, lui dispense fréquemment ses conseils pour la « lutte ».

Les paysans ne sont pas les seuls dans ce combat. Une grosse centaine de « squatteurs » les ont rejoints ces dernières années. Ils viennent de toute la France, parfois d’autres pays. Tous jeunes, pourfendeurs du « système », venus vivre autre chose et participer. Ils occupent des maisons abandonnées, vivent de la vente des légumes qu’ils cultivent, des oeufs de leurs poules. Certains sont diplômés en informatique, en géologie, en histoire. Ils ont accumulé les contrats précaires, se sont dégoûtés, ont rompu les amarres.

« Ce sont des indignés, je les comprends« , dit d’eux Michel Tarin. Les deux groupes entretiennent des relations amicales. Pas question d’abandonner le terrain aux « flics » : à chaque fois que la gendarmerie, très présente sur la zone, effectue des perquisitions chez les squatteurs, les paysans, prévenus par courriels ou SMS, se précipitent, en voiture ou en tracteur, pour faire acte de présence, mettre en scène la cohésion du groupe, à toute heure du jour et de la nuit.

En revanche, la méfiance est viscérale envers les « extérieurs », quelques dizaines tout au plus, qui se sont greffés sur ce combat et polluent les grandes manifestations. Ils sont issus de la région, mais quelques-uns viennent d’Australie, d’Angleterre. On les dit « anars », mais ils veulent surtout en découdre, sont à l’origine de l’attaque de la caravane du PS à Nantes en août et du saccage des locaux de la fédération socialiste de Haute-Garonne il y a une dizaine de jours. Leur présence est un souci permanent pour les agriculteurs, qui savent que leur combat peut en être décrédibilisé.

Les gendarmes ne confondent pas extérieurs et « autochtones », mais relèvent quand même certains points de convergence. « Nous savons, nous, que les habitants de la zone ne sont pas des Bisounours : les agriculteurs qui ont vendu leurs terres ont subi des pressions, il y a eu des moments très pénibles« , confie un gendarme. Des échanges parfois durs que reconnaît Sylvain Fresneau. « Même si on gagne, cela laissera des traces. Certains nous ont laissés tomber, nous accusant de ne pas penser à l’avenir de leurs enfants.« 

Les combattants de Notre-Dame-des-Landes ont compris qu’ils n’obtiendraient pas gain de cause sans un relais politique puissant. Europe Ecologie – Les Verts (EELV) a porté la lutte au point d’en faire aujourd’hui une cause de fragilisation de l’union de la gauche. Pourtant, les relations entre gens de terrain et écologistes ne sont pas simples. « Certains nous traitent de collabos car nous gérons la ville et la région avec le PS« , explique Jean-Philippe Magnen, vice-président du conseil régional et chef de file des élus EELV en Pays de la Loire.

On comprend mal, à Notre-Dame-des-Landes, que les Verts ne se servent pas de leur puissance électorale pour peser davantage. Pourtant, EELV ne ménage pas sa peine. Un des leurs, Dorian Piette, un jeune normalien agrégé d’économie, passe des heures à miner les dossiers : loi sur l’eau, défense des espèces protégées… Son but est clair : retarder les travaux, et les rendre si onéreux – en raison des normes environnementales – que les collectivités locales jettent l’éponge. « On a même trouvé une porte de sortie pour Ayrault ! Il pourra dire : « Les écolos, ces conservateurs qui veulent transformer les campagnes en musée, nous ont plantés« . » Quelques secondes de silence, et Dorian lâche, avec un petit sourire : « On n’a pas fini de rigoler.« 

Anne-Sophie Mercier

Source:
http://zad.nadir.org/spip.php?article104

La réponse

lundi 28 novembre 2011, par zadist

En réponse à l’article paru dans le Monde le 25/10/2011 à propos de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame Des Landes,

 

Veuillez prendre note que ceci est un message qui n’est pas représentatif de l’opinion globale des occupant-e-s de la ZAD mais seulement d’individu-e-s, à destination de la journaliste Anne Sophie Mercier, de la rédaction du journal Le Monde, des personnes interviewées et des autres personnes en lien avec cet article.

Tout d’abord, sachez qu’il n’est pas surprenant pour nous de lire dans Le Monde un point de vue aussi politicard et étriqué, caricatural et orienté. Réduire une lutte d’une grande diversité à un aperçu des coulisses nauséabondes du jeu électoral entre Verts et PS, et surtout réduire la parole du mouvement à celle de représentants associatifs ne reflétant qu’une des multiples tendances de la lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, c’est faire montre d’une ignorance profonde des enjeux politiques de cette lutte. Comme d’habitude la presse nous gratifie de sa vision binaire, simpliste et manichéenne des mouvements sociaux, martelant sans cesse cette division convenue entre gentils manifestants et méchants « anars », écolos pacifistes et « ultras », altermondialistes et casseurs pendant les sommets internationaux. D’un torchon comme Presse Océan à un soi disant « journal de référence » comme Le Monde, le discours est le même.

La journaliste ne se focalise que sur une seule figure, celle du vétéran et héros médiatique du Larzac donnant une image policée de l’opposant qui omet toute la radicalité de la lutte du Larzac comme celle de Notre Dame des Landes, celle du militant institutionnel : qui ne veut pas de l’aéroport dans son jardin, qui ne rejette pas la société qui le produit, qui prône l’agrandissement de l’aéroport actuel, qui fait de l’avion de tourisme à ses heures perdues et pour qui la lutte contre l’aéroport se résume à une succession de recours juridiques et de consécrations médiatiques.

Comme tous les journalistes, Anne Sophie Mercier est imprégnée du discours dominant et engluée dans son ethnocentrisme de classe. Selon elle, la lutte a pour seul salut l’appui des partis politiques et l’action du militant modèle, un jeune normalien qui joue le jeu institutionnel et milite « scientifiquement » pour retarder le projet, Dorian Piette.

Cet été, lors de la lutte contre la ligne LGV Lyon/Turin en Italie (No Tav), la ligne artificielle de séparation, que les journaux ont tenté d’ériger entre gentils et méchants manifestants, a été mise à mal. Ce sont près de 70 000 personnes qui ont exprimé le refus de ce dualisme en criant : « nous sommes tous des Black Bloc ». Marquer les différences entre squatteurs/occupants et « extérieurs » et laisser transparaître une fantastique solidarité entre agriculteurs et occupants, est un double-jeu assez vicieux. C’est une falsification de la réalité. Nous ne voulons pas dire par là que la solidarité est inexistante, nous apprécions grandement ces moments où avec 20 tracteurs nous encerclons la mairie de Notre Dames Des Landes dans la joie.

Mais la réalité au jour le jour est bien différente de cette assertion de la journaliste, naviguant à tout moment entre citations et avis personnel : « à chaque fois que la gendarmerie, très présente sur la zone, effectue des perquisitions chez les squatteurs, les paysans, prévenus par courriels ou SMS, se précipitent, en voiture ou en tracteur, pour faire acte de présence, mettre en scène la cohésion du groupe, à toute heure du jour et de la nuit« . A cette vision idyllique, nous préférons les faits : les perquisitions ne sont pas (encore ?) monnaie courante sur la ZAD, les agriculteurs locaux ne sont pas prévenus 24h/24 et n’accourent pas en tracteur lorsqu’un événement survient dans un lieu occupé. Mais si une telle vision enchante les représentants de l’ACIPA et de l’ADECA, libre à eux qu’elle devienne réalité.

La journaliste écrit : « En revanche, la méfiance est viscérale envers les « extérieurs », quelques dizaines tout au plus, qui se sont greffés sur ce combat et polluent les grandes manifestations. Ils sont issus de la région, mais quelques uns viennent d’Australie, d’Angleterre. On les dit « anars » mais ils veulent surtout en découdre, sont à l’origine de l’attaque de la caravane du PS à Nantes en août et du saccage des locaux de la fédération socialiste de Haute-Garonne il y a une dizaine de jours. Leur présence est un souci permanent pour les agriculteurs qui savent que leur combat peut en être décrédibilisé« . Nous espérons que ce paragraphe imprégné d’un chauvinisme confinant à la xénophobie reflète l’opinion de la journaliste engoncée dans ses stéréotypes urbains. Il serait en effet plus que surprenant que ces propos soient la paraphrase du discours off de ces très médiatiques opposants institutionnels qui affichent une solidarité sans faille envers les occupants.

Alors sachez que nous, occupant-e-s de la ZAD, sommes solidaires les un-e-s les autres, que nous ne considérons pas les personnes selon leur nationalité, leur origine ou leur moyen d’action comme « extérieurs » à la lutte mais comme partie intégrante de la lutte contre l’aéroport et, dans une mesure plus globale, dans la lutte contre le système capitaliste et l’Etat. Nous affichons clairement notre solidarité envers toutes ces personnes que vous et vos confrères journalistes catégorisez, et envers toutes les actions qu’il y a eu en France et ailleurs en soutien à la lutte contre l’aéroport et Vinci.

Source:
http://zad.nadir.org/spip.php?article140 

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