- Notre-Dame-des-Landes: vol au-dessus des Robin des Landes

Posté par admin le 17 février 2013

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Reprise à but informatif:

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Notre-Dame-des-Landes: vol au-dessus des Robin des Landes

Par , publié le 16/02/2013 à 13:23

Des centaines de jeunes squatteurs occupent toujours le site de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, pour s’opposer au projet d’aéroport. Voyage dans cette étonnante communauté, venue de toute la France, ou même de l’étranger, entre anars, « indignés » et rebelles de tout poil. 

Notre-Dame-des-Landes: vol au-dessus des Robin des Landes
Les opposants au projet de Notre-Dame-des-Landes occupent toujours le site où doit être construit l’aéroport.

Jean-Paul Guilloteau/ L’Express

 

Les voilà, les insurgés de Notre-Dame-des-Landes. Tout en treillis et en dreadlocks, ils ont surgi de la nuit, par grappes, lampe de spéléologue sur le front, bottes de pêcheur aux pieds. Ce soir de janvier, ils se sont donné rendez-vous dans une vaste grange, en lisière de la forêt, pour une assemblée générale. Dehors, il fait moins 5. Dedans, aussi. 

Un poème, l’assemblée générale. Ni chef ni consigne, si ce n’est celle des bouteilles de bière. Et interdiction de couper la parole aux intervenants. Pour ne pas plomber les envolées des camarades, l’assistance se doit de signifier son approbation, ou sa réprobation, en langue des signes. Diatribes antiflics, gesticulations muettes: l’ambiance oscille entre Commune de Paris et théâtre balinais. On comprend mieux pourquoi la zone d’aménagement différée (ZAD) du futur aéroport du Grand Ouest est, aujourd’hui, rebaptisée « zone d’anarchie décomplexée ». 

A 300 mètres de là, au croisement de deux départementales, les gendarmes épient l’obscurité avec leurs jumelles à infrarouge.Cette guéguerre de position dure depuis 2009 et l’installation des premiers militants squatteurs dans la forêt et les fermes des environs. Mais l’arrivée à Matignon de Jean-Marc Ayrault, ex-maire de Nantes et ardent promoteur du projet d’aéroport, a propulsé la partie de cache-cache sur la scène politique nationale. Le 16 octobre dernier, le gouvernement faisait donner un régiment de gendarmes mobiles pour chasser les campeurs et détruire leurs abris de fortune. Nom de code de la manoeuvre: « Opération César ». Un mois plus tard, les squatteurs, soutenus par 35 000 manifestants, reprenaient possession des lieux, lors de l’opération dite « Astérix ». Depuis, rien. 

Enfin, rien, façon de parler. Les journées sont bien remplies pour les 400 à 500 « zadistes » – c’est comme ça qu’on appelle les occupants de la ZAD -, disséminés en une dizaine de communautés dans leur bastion de 16 kilomètres carrés. Ce matin, sur Radio Klaxon, ils ont égrené le programme: 9h30, cours de cuisine vegan; 11h30, éveil corporel; 16 heures, atelier anti-répression. Porte-voix des rebelles de Notre-Dame-des-Landes, Radio Klaxon émet plus ou moins bien, plus ou moins loin, sur 107.7. La fréquence d’Autoroute FM, la radio du groupe Vinci, concessionnaire du futur aéroport, que les squatteurs piratent depuis six mois. 

Jean-Paul Guilloteau/ L’ExpressLes opposants au projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes occupent toujours le site.La nuit, non plus, ça ne chôme pas dans les sous-bois. Les militants les plus endurcis, ceux qui ont posé leur sac à dos au Far West, aux Fosses noires ou à la Châtaigneraie, prennent leur tour de ronde. Ils arpentent la forêt, dont ils connaissent les moindres sentiers, se postent à proximité des quatre fourgons de gendarmerie stationnés en permanence aux frontières de la ZAD. De temps à autre, un caillassage égaie les soirées d’hiver. « En arrivant ici, j’étais non violent, explique Camille, 29 ans, un ingénieur forestier venu de Corse. Je ne voyais pas l’intérêt d’aller harceler les flics. » Maintenant, il voit. Il a mis la question en débat avec ses potes de la Châtaigneraie. Comme le veut la tradition, ils se sont mis en cercle « pour respecter une posture non hiérarchisée ». Camille a fait valoir son point de vue, mais la compagnie de pantomime lui a fait comprendre, en sourd-muet, qu’il était largement minoritaire. « En provoquant les forces de l’ordre, tu mets l’Etat devant ses responsabilités, dit-il aujourd’hui. C’est trop facile de boucler la ZAD avec 20 gendarmes. On veut juste qu’ils se barrent. Ou alors qu’ils débarquent à 500 pour nous mater… » 

Tous les squatteurs s’appellent Camille. C’est le prénom qu’ils se sont choisi, une fois pour toutes, vis-à-vis du monde extérieur. Prénom indifférencié, unisexe, uniforme. Pour 1 Camille qui parle, 9 qui serrent les mâchoires. Ou qui ricanent. Les journalistes ne sont pas les bienvenus à Notre-Dame-des-Landes. Et L’Express, « journal petit-bourgeois », ne déroge pas à la règle. Pour les photos, c’est encore pire. Interdiction de tirer le portrait d’un zadiste sans que tous ses copains de « sleeping » (dortoir) ou ses voisins de tipi aient donné leur consentement. En plus, le photographe n’a pas fait « sourd-muet » en seconde langue.  

Jean-Paul Guilloteau/ L’Express »Camille »: à Notre-Dame-des-Landes, tous les occupants de la ZAD se sont donné ce nom, qui garantit leur anonymat. Les lunettes de natation permettent, en plus, de se protéger des lacrymogènes…

Ici, le droit d’usage a supplanté celui de propriété

La présence de policiers infiltrés, mais aussi l’écho donné à la fugue de deux mineures du Puy-en-Velay (Loire), débusquées, en décembre dernier, dans le bocage nantais, n’ont fait qu’accroître cette paranoïa ambiante. Désormais, les vitrines des commerçants de Notre-Dame-des-Landes sont tapissées d’avis de recherche. Comme si tous les adolescents rebelles de France s’étaient donné rendez-vous dans le coin. « Je n’en ai croisé qu’un, qu’on surnommait « gamin » justement, mais après ce qui s’est passé, on lui a demandé d’appeler ses parents devant nous », raconte un « habitant » de la Rolandière, village de tentes bariolées et de camping-cars vintage figés dans la gadoue. 

S’ils affectent de se préoccuper de leur image comme de leur dernière paire de mocassins à pompon, les zadistes détestent pourtant qu’on les confonde avec de jeunes écervelés, des hippies en goguette ou des punks à chien. La plupart d’entre eux, et d’entre elles – ici, les squatteuses sont presque aussi nombreuses que les squatteurs -, ont suivi des études supérieures et se réclament des mouvements libertaires ou de la mouvance anticapitaliste. Ils expérimentent in vivo une société où l’on dort à 12 dans des cabanes en planches non chauffées. Un monde où les vélos, qui appartiennent à tout le monde et à personne, gisent au pied des arbres et où le droit d’usage supplante celui de propriété. « L’aéroport, c’est un prétexte, une façon de combattre le système », dit un ex-futur chimiste, regard noir, sourcils piercés, qui, avec son sac à dos, a décidé de fuir « l’aliénation du salariat ».  

Lui ressemble à Brad Pitt dans Thelma et Louise. Il fait du stop, sous la pluie, à la sortie de Notre-Dame-des-Landes. Direction Brive, en Corrèze, chez papa. II a passé deux mois à la Châtaigneraie, reviendra dans trois semaines, avec ses potes et ses outils d’ancien apprenti charpentier. Il porte encore sa tenue de zadiste, patchwork de vêtements dépareillés, lunettes de piscine fluo relevées sur son bonnet de laine. « On en a tous, c’est pour les lacrymogènes », dit-il en plissant son regard bleu. A 23 ans, il passe sa vie sur la route. Presque un métier. Au printemps, il fait du « woofing » (bénévolat dans les fermes biologiques). L’été, il tient des stands « Prévention drogue » dans les festivals. L’automne, il vendange, ramasse les pommes et les kiwis. L’hiver? « L’hiver, ici, c’est géant! J’ai des copains qui veulent partir en Inde pour découvrir un monde nouveau, je vais leur dire de venir à Notre-Dame-des-Landes… »  

Longtemps, Sylvain Fresneau, 50 ans, a observé ces jeunes squatteurs d’un oeil circonspect. Comme tous les paysans du coin. Mais le coup de force du gouvernement, en octobre dernier, les cabanes brûlées, ses pâturages transformés en champ de bataille, ont tout changé. Le mois suivant, 50 tracteurs de la Confédération paysanne étaient réquisitionnés, à la Châtaigneraie, pour former un bouclier et protéger la reconstruction du village de planches. La grange de Sylvain Fresneau, rebaptisée la Vache-Rit, est de-venue le QG des zadistes. Et ses 200 vaches qui continuent de paître sur la future piste nord de l’aéroport sont, elles aussi, en résistance. « Ma famille vit sur ces terres depuis 1848, dit-il, ça n’a pas de prix! En tout cas, pas celui fixé par les Domaines… »  

Jean-Paul Guilloteau/ L’Express »Ma famille vit ici depuis 1848, ça n’a pas de prix ! » En attendant son expropriation, Sylvain Fresneau (ci-dessus, à g.) a transformé sa grange en QG des insurgés. Squatteurs, mais pas marginaux : militants endurcis, ils soulignent que « l’aéroport est un prétexte, une façon de combattre le système ».

« Des rupins viennent patauger dans la boue! »

Entamée dans les années 1970 (le projet date de 1965!), la bataille contre l’aéroport a trouvé son second souffle. « En quelques mois, plus de 200 comités de soutien se sont créés dans toute la France! » note Julien Durand, agriculteur retraité, créateur de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Acipa). Chez les zadistes, Damien, l’ancien boulanger de Nantes, qui a posé son fournil portatif dans une ferme des Fosses noires, enchaîne les fournées bio. « C’est dingue, il y a même des rupins qui habitent à 15 kilomètres d’ici et qui viennent patauger dans la boue pour m’acheter mon pain… » Dans une grange voisine, une petite troupe de squatteurs discute en catalan. Plus loin, un combi Volkswagen immatriculé en Haute-Savoie se gare à côté d’une yourte occupée par des Allemands. Le 11 mai prochain, une chaîne humaine ceinturera le périmètre du futur aéroport, dont l’inauguration est toujours prévue en 2017. On attend 50 000 personnes. Au bas mot. Quelque chose a décollé à Notre-Dame-des-Landes, et ce n’était pas un avion. 

La guérilla des grands chantiers

Inspirée des mouvements Occupy et Indignés, la résistance des opposants au futur aéroport du Grand Ouest essaime un peu partout en Europe. Du chantier de la future gare de Stuttgart aux lignes à grande vitesse Lyon-Turin, Bordeaux-Bilbao ou Londres-Birmingham, ce type de protestation, par l’occupation durable d’un espace public, est devenu la hantise des urbanistes et des politiques. En France, la guérilla de Notre-Dame-des-Landes a aussi redonné du souffle à diverses associations hostiles à des projets d’équipements jugés pharaoniques. Ici et là, des alliances inédites se nouent entre bobos bio, paysans et vrais gauchistes. Qu’ils soient opposés au Grand Stade de Lyon, au golf de Fontiers-Cabardès, dans l’Aude, au centre commercial Europa City à Gonesse (Val-d’Oise) ou au parc de loisirs de Chambaran (Isère), tous ces adversaires du béton et de la croissance à tout prix se revendiquent, peu ou prou, des Robin des bois nantais. 

 

 

 

 

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Source:

 http://www.lexpress.fr/actualite/societe/notre-dame-des-landes-vol-au-dessus-des-robin-des-landes_1220699.html?xtmc=notre_dame_des_landes&xtcr=2

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